Trois associations accusent McDonald’ s d’ abus de position dominante en Europe
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fonte:
- Le Monde
Sale temps pour le géant
américain du burger : trois
associations italiennes de
consommateurs (Codacons, Mo-
vimento Difesa del Cittadino et
Cittadinanzattiva) devaient dépo-
ser une plainte, lundi 11 janvier,
sur le bureau de la commissaire
européenne chargée de la concur-
rence, la très volontaire Mar-
grethe Vestager, accusant McDo-
nald’s d’abus de position domi-
nante en Europe.
Elles sont soutenues par
l’Union internationale des em-
ployés de service (SEIU), syndicat
américain à l’origine, il y a un an,
d’un mouvement de réaction
aux pratiques fiscales et sociales
du deuxième employeur privé
du monde, ayant trouvé des re-
lais partout dans le monde (jus-
qu’au Brésil, en Corée…).
Cette vaste coalition a déjà con-
tribué à l’ouverture d’une en-
quête formelle, par la Commis-
sion européenne, en décem-
bre 2015, pour aide d’Etat illégale
du Luxembourg au groupe amé-
ricain, constatant que ce dernier,
grâce à deux « rulings » (contrats
signés avec le fisc), n’avait quasi-
ment pas payé d’impôt dans le
Grand-Duché depuis 2009.
Le dossier des trois associa-
tions italiennes est très argu-
menté : à les croire, McDonald’s
abuserait de sa position domi-
nante en Europe. Le groupe y
compte 8 000 restaurants, géné-
rant 20 milliards de dollars
(18,3 milliards d’euros) de chiffre
d’affaires en 2014, près de deux
fois plus que son plus proche
concurrent. Il imposerait des
contrats abusifs à ses franchisés,
exigeant notamment d’eux le
versement de loyers prohibitifs.
Risques conséquents
« 66 % du revenu total provenant
des franchisés découle de loyers
qui sont souvent nettement plus
élevés que les loyers habituels ou
ceux payés par leurs concurrents
directs. En France, par exemple,
les franchisés de McDonald’s
payent 84 % de plus que les fran-
chisés de Quick. Les marges im-
mobilières réalisées par McDo-
nald’s varient de 63 % à 77 % en
France, de 61 % à 77 % en Italie et
de 65 % à 74 % au Royaume-Uni »,
assurent les trois associations
italiennes, dans un communiqué
diffusé mardi.
Ces loyers considérables consti-
tuent, selon ces plaignantes, un
avantage financier
« dispropor-
tionné et injustifié »
sur les fran-
chisés et restreindraient leur li-
berté d’entreprendre. McDo-
nald’s imposerait en effet des du-
rées contractuelles très longues
(vingt ans en moyenne), ou une à
deux années de clauses de non
concurrence.
« Nous encourageons la Com-
mission européenne à examiner
les griefs et à faire usage de l’en-
semble des moyens à sa disposi-
tion afin de tenir McDonald’s pour
responsable »
, a déclaré Scott
Courtney, le directeur opération-
nel au sein du SEIU, présent à
Bruxelles mardi. A ce stade, rien
ne permet d’affirmer cependant
que la Commission va s’emparer
de la plainte et lancer une enquête
informelle, souvent le prélude au
lancement, quelques mois plus
tard, d’une enquête formelle.
En tout cas, les risques pour Mc-
Donald’s sont conséquents. Si
Bruxelles s’empare du dossier et
conclut à une violation des lois de
l’Union européenne en matière
de concurrence, le groupe améri-
cain pourrait devoir s’acquitter
d’une amende équivalant à jus-
qu’à 10 % de son chiffre d’affaires
mondial (soit 9 milliards de dol-
lars). Le groupe risquerait aussi
de se voir imposer des « actions
correctives » afin de changer ses
pratiques. Une décision qui pour-
rait durablement affecter son
rentable modèle économique.
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