5 novembre 2018

Les Romains exaspérés par le délabrement de leur ville

les critiques se multiplient contre la maire issue du mouvement 5 étoiles, dont la ligue brigue ouvertement la succession.
ITALIE «Basta», «dégage», «démission»: quelque 10000 Romains se sont récemment réunis sous les balcons de la maire de Rome, Virginia Raggi, pour exprimer leur colère devant sa gestion «désastreuse». «Vingt-huit mois, cela suffit», a scandé la foule. La belle place du Capitole dessinée par Michel-Ange offrait un spectacle plutôt insolite. Luisa, un professeur de yoga exaspéré par «cette décadence», brandissait un balai de jardinier. «Objet très utile, peut-être inconnu à Rome», proclamait un panonceau accroché au manche. Transports publics défaillants, autobus qui brûlent dans le centre-ville (21 depuis le début de l’ année), immondices jonchant les rues, sangliers surpris près des poubelles dans les quartiers périphériques, nids-de-poule mortels pour les deux-roues, passages piétons mal signalés, trafic chaotique, banlieues dégradées, espaces verts à l’ abandon, arbres qui s’ abattent sur les voitures à la moindre rafale : les griefs s’ accumulent contre l’ avocate de 40 ans élue maire, le 20 juin 2016, par 67 % des Romains. Son parti, le Mouvement 5 étoiles, promettait de transformer la capitale en vitrine de leur capacité à administrer le pays. Six femmes sont à l’ origine de cette protestation. Six amies unies par le slogan « Rome dit assez », qu’ elles affichent sur leur T-shirt blanc. Toutes engagées dans la vie active, elles veulent faire réagir leurs concitoyens. Elles sont suivies par 24 000 internautes sur Facebook et se proclament « sans appartenance politique ». Virginia Raggi les accuse d’ être des émanations du Parti démocrate. Elles s’ en défendent avec vigueur. 83 morts « Nous avons décidé de former un comité après la mort d’ Elena Aubry », disent-elles. Elena, une jeune fille de 26 ans, a perdu le contrôle de son scooter en mai dernier sur la Via Cristoforo Colombo, l’ une des grandes artères de Rome, des racines d’ arbres ayant soulevé la chaussée. Un mois plus tard, une autre jeune fille de 21 ans se tuait en Vespa sur l’ asphalte dégradé. On compte 83 morts depuis le début de l’ année. La mairie a débloqué 17 millions pour recouvrir de bitume quelque 50 000 cratères. « Insuffisant. Il faudrait au moins 350 millions », proclame l’ organisation de consommateurs Codacons, pour qui 93 % des rues nécessitent une intervention urgente. Soit 5 580 km sur les quelque 6 000 que compte la capitale. La sécurité n’ est qu’ un des aspects de la dégradation des conditions de vie à Rome. Les six protestataires s’ indignent devant « l’ analphabétisme en procédure » de l’ administration communale. « Elle ne sait plus faire les appels d’ offres. Exemple édifiant : les écoles publiques risquent de ne plus avoir de cantine en janvier parce qu’ aucun marché n’ a été lancé. Des subventions européennes pour l’ efficacité énergétique des transports publics ont été perdues parce que la mairie n’ a pas été en mesure de dire en quel état se trouvait son parc d’ autobus. Quand il a fallu isoler les fenêtres des écoles, la mairie a découvert que de nombreuses salles n’ étaient pas recensées au cadastre. Cette ville est maltraitée. Il est temps de réagir », lance leur cheffe de file, Valeria Grilli. Cette bouffée de colère ne fait que renforcer le malaise général. Le 10 novembre, Virginia Raggi devra rendre des comptes à la justice. Elle est mise en examen pour avoir menti à la Commission anticorruption dans une affaire de conflit d’ intérêts lors de l’ embauche à la tête de la commission municipale du tourisme du frère d’ un proche. Si elle était condamnée, le code éthique des « 5 Étoiles » la contraindrait à démissionner. Une aubaine pour Matteo Salvini qui n’ attend que cela pour s’ emparer de la mairie. Le leader de la Ligue et ministre de l’ Intérieur critique sévèrement Virginia Raggi : « Elle aurait pu faire davantage. La capitale aurait pu être plus propre, plus belle, plus ordonnée », lançait-il fin septembre au congrès des jeunes fascistes, dont il était l’ invité d’ honneur. Mercredi dernier, le ministre a été conspué lors d’ une visite à San Lorenzo, quartier étudiant et populaire du nord de la capitale. Il voulait se rendre dans un immeuble désaffecté où avait été retrouvé la veille le corps de Désirée, une adolescente de 16 ans, morte après avoir été droguée et violée en groupe par une bande de zonards. Des manifestants d’ extrême gauche l’ en ont empêché. « Je reviendrai avec le bulldozer », a-t-il affirmé, promettant de faire évacuer cent immeubles occupés par des squatters. Matteo Salvini veut rétablir l’ ordre et la sécurité dans la capitale. Son prochain objectif : après le Frioul-Vénétie Julienne et le Trentin-Haut-Adige, que le Capitole bascule dans son escarcelle. Il met les siens en ordre de bataille : « Après Virginia Raggi, Rome aura un maire de la Ligue », affirme-t-il. Pratiquement une déclaration de guerre à son allié 5 étoiles.
richard heuzé

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