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5 Gennaio 2002

La petite cuisine des arrondis

La petite cuisine des arrondis

Dérapages en Espagne et en Italie, soldes en Allemagne, vigilance partout.

C`est le redondeo en Espagne, l`arrotondamento en Italie, l`«arrondi» en France. Mais le mot devient parfois synonyme de hausse des prix en Espagne, en Italie, en Finlande ou en France, lorsqu`il fait déraper les étiquettes de certains produits courants. Cependant, il peut être aussi arrondi à la baisse, pour servir la guerre commerciale que se livrent les distributeurs, comme cela se passe en Allemagne. Dans tous les cas, les prix changent, et les organisations de consommateurs redoublent de vigilance. Jusqu`à présent, les dérapages constatés ici ou là n`ont pas l`air d`inquiéter les responsables européens, qui n`y voient que des épiphénomènes sans impact inflationniste. La Commission européenne évoque des «incidents isolés» et met en avant des baisses de prix dans la grande distribution. Un porte-parole affirme que, selon les rapports nationaux transmis à Bruxelles, «aucun dérapage des prix généralisé n`a été constaté».

Un optimisme partagé par certains économistes, qui misent sur une petite bosse, provisoire, des prix. Le basculement ne devrait avoir «aucune conséquence inflationniste durable», estime Philippe Weber, économiste à la société CPR Gestion. «On va concentrer sur le mois de janvier des hausses qui auraient été réparties entre septembre et mars», sans le passage à l`euro, explique ce spécialiste de la zone euro. Autrement dit, le passage à l`euro arrondirait davantage les statistiques que les prix.
 

France

Des plaintes mais pas de relevé des prix

«On reçoit beaucoup plus d`e-mails de consommateurs que d`habitude», signale-t-on au magazine 60 Millions de consommateurs. Les auteurs des courriers se plaignent non seulement d`arrondis abusifs mais de hausses sauvages, notamment dans les restaurants (y compris la restauration d`entreprise), les distributeurs de boissons et les péages autoroutiers. Sans oublier les parcmètres: parfois plus de 20 % dans certains quartiers de Paris.

«On peut toujours constater une hausse ici ou là, expliquait-on vendredi à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Mais ça ne vaut pas le suivi statistique d`un ensemble de prix de produits et de services.» Lequel est assuré par plus de 300 enquêteurs, qui, depuis juin, relèvent tous les mois les prix de plus de 20 000 produits et services dans quelque 2 900 points de vente. Seulement, le dernier relevé de prix date du mois de décembre (1). Et le prochain ne sera effectué que la semaine prochaine et ne sera pas rendu public avant fin janvier. En attendant, affirmait vendredi le gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet: «Nous n`avons pas, jusqu`à présent, constaté dans les indices de bouffées d`inflation, de hausse de prix, qui soient associées à l`euro.»

Espagne

La baguette de pain 50 % plus chère

Après l`effet revigorant de la nouveauté et l`euphorie des fêtes du nouvel an, l`enthousiasme des Espagnols est aujourd`hui gâché par une hausse des prix inhabituelle. Le consommateur est certes habitué à la mini-inflation traditionnelle à chaque nouvel an. Mais, cette fois, constatent les associations de consommateurs, les augmentations dépassent la mesure. Au nom du redondeo, commerçants et administrations ont fait monter les prix en flèche. Au ministère de l`Economie, on reconnaissait vendredi que les lignes de téléphone d`information sur l`euro étaient assaillies de plaintes en ce sens. Le phénomène est notable dans les services publics. Selon l`Association de consommateurs et d`usagers (OCU), on enregistre des hausses de 7,6 % dans les transports publics à Madrid, de 3 % pour les billets de train, de 4 % pour les envois postaux ou de 3,8 % dans les parkings publics. Quant au prix des péages, leur augmentation de 3,8 % pourra bien atteindre 13 % si le gouvernement ne parvient pas vite à un accord sur la TVA avec les compagnies concessionnaires. En outre, selon le quotidien catalan la Vanguardia, des inspecteurs ont relevé de forts abus ­ au moins + 4,2 % ­ de la part des chauffeurs de taxi de Barcelone.

Cette poussée subite des prix est plus spectaculaire encore en ce qui concerne divers produits de consommation familiers, tels que la baguette de pain (+ 50 % dans certains cas), la canette de Coca-Cola (de 1,2 à 1,5 euro), le café ou le verre de bière pression. L`OCU constate aussi une forte hausse des places de cinéma (de 5,41 à 6 euros, soit + 5,75 %) ou encore des services dans les salons de coiffure, lesquels passent, dans certains établissements, de 9,01 à 10 euros.

«Ce sont des pratiques totalement abusives», s`indigne Enrique Garcia, porte-parole de l`Union des consommateurs d`Espagne (UCE). Dans certains endroits, cette organisation a recensé des augmentations de 7 % pour des menus gastronomiques, de 11 % pour le café au lait, voire de 20 % sur des bières pression.

Comble de malchance pour les Espagnols: les hausses des prix s`accompagnent d`une charge fiscale supplémentaire. Au total, 11 impôts sont concernés, dont ceux ­ indirects ­ portant sur l`essence, le butane ou les taxes d`aéroport. Les autorités invoquent «l`harmonisation fiscale avec l`UE». En revanche, elles nient tout processus inflationniste et toute pratique abusive. Ce qui fait bondir Enrique Garcia: «Le gouvernement a une grande part de responsabilité dans l`affaire. En décembre, les prix ont déjà enflé. Avec le changement de monnaie, l`administration a encouragé le réflexe inflationniste. Or, à mon avis, elle aurait dû envoyer un message de fermeté, voire geler les prix. Résultat: la cherté des produits est la première source de préoccupation aujourd`hui. Dans un premier temps, il y a eu beaucoup d`enthousiasme pour la nouvelle monnaie. Désormais, beaucoup de gens se sentent trompés. D`ici à deux semaines, je crains un retour de bâton dans l`opinion.»
 

Italie

Ponctions au distributeur

En dépit des assurances du ministre des Activités productives Antonio Marzano, selon lequel l`augmentation des prix dans le cadre du passage à l`euro «sera au maximum de 0,2 %», les consommateurs italiens sont sur le pied de guerre. Toutes les associations dénoncent en effet des hausses de prix substantielles, tant aux guichets des services publics que dans le secteur privé. Selon l`Association des clients bancaires (Adusbef), le consommateur italien est ponctionné dès qu`il retire de l`argent d`un distributeur. Chaque prélèvement coûterait environ 1,80 euro. Prendre un espresso revient en moyenne de 25 à 30 % plus cher que le 31 décembre. Le voyageur milanais doit désormais payer son billet de tramway 1 euro contre 0,77 euro il y a moins d`une semaine. Les loisirs ne sont pas épargnés (la place de cinéma a augmenté de plus de 4 %) ainsi que les plaisirs du jeu (+ 93,5 % pour une grille de loto) et du tabac, par exemple. Le prix de la boîte d`allumettes a lui grimpé de 16 %. Même le Vatican a profité de la monnaie unique pour revoir ses tarifs. Alors que l`euro à l`effigie du pape ne sera pas en circulation avant le mois de mars, l`obole pour une messe funèbre s`est envolée à 10 euros (+ 29 %) et le tarif pour un mariage a bondi à 270 euros (+ 16 %). «95 % des produits ont connu une augmentation minimale de 2,5 à 3 centimes d`euro», constate l`avocat Carlo Rienzi, président de l`association Condacons, qui ajoute: «Mais pour de nombreux biens ou services la hausse est beaucoup plus forte. Dans certains bars, le prix de l`espresso a été fixé à 1 euro, soit 1 936 lires, contre 1 500 auparavant.» Selon la Fédération des consommateurs Federconsumatori, l`augmentation des prix représentera en moyenne 52 euros par mois et par famille. Nombre de hausses, en particulier dans les services publics, avaient été décidées bien avant le 1er janvier, dénoncent ces associations. «Il ne s`agit pas d`un alignement sur les prix européens, précise Carlo Rienzi, d`une part parce que la plupart des commerçants ne connaissent pas les tarifs étrangers, mais d`autre part parce que, pour de très nombreux produits, les prix italiens sont déjà plus élevés.»

«La nouvelle monnaie a été utilisée pour augmenter les prix et les tarifs, comme si une telle manoeuvre pouvait passer inaperçue dans le climat général d`euphorie ou de préoccupation», a déploré le secrétaire adjoint du syndicat CGIL Guglielmo Epifani, qui s`inquiète de la diminution du pouvoir d`achat des travailleurs.

Finlande

Sans transition

En Finlande, un certain nombre de tarifs ont été révisés à la hausse. Il faut dire que, dans ce pays, les distributeurs n`ont pris aucun engagement de «sagesse» comme ce fut le cas en France. Par ailleurs, le double affichage mark-euro n`ayant pas été rendu obligatoire, on est passé sans transition du mark finlandais à l`euro dans bon nombre de commerces, sautant du même coup d`un compte rond à un autre: une petite bouteille d`eau dans les kiosques passe ainsi de 5 marks finlandais (0,84 euro) à 1 euro. Nombre de produits bondissent de 10 marks (1,68 euro) à 2 euros: les billets à l`unité des transports publics d`Helsinki, les consignes de la gare de la capitale, les hot-dogs vendus dans les rues, les canettes de boissons gazeuses… De même, un bazar «tout à 10 marks» d`Helsinki offre maintenant le «tout à 2 euros». Le journal de langue suédoise Hufvudstadsbladet dresse ainsi vendredi une première liste de produits et services courants ayant augmenté de près de 20 % avec l`introduction mardi des billets et des pièces dans la nouvelle monnaie.
 

Allemagne

Bonnes affaires et tripatouillages

L`euro comme argument de vente, il fallait y penser. Alors que les Allemands s`inquiétaient de l`augmentation, à compter du 1er janvier, du prix de l`essence, des cigarettes ou des titres de transport, les magasins, eux, profitaient de l`avènement de la monnaie unique pour casser les prix.

La grande affaire qui secoue l`Allemagne en ce moment, ce n`est pas le manque de pièces, mais le procès intenté contre la chaîne de vêtements C & A, et la nouvelle guerre des prix lancée par les discounters. Quand cette jeune mère de famille a vu mercredi matin que C & A offrait 20 % de rabais sur tout le magasin à condition de payer par carte bancaire, cela n`a pas fait un pli, elle a appelé son mari depuis son téléphone portable pour savoir quelle couleur de chemise lui plairait le plus. Et, au lieu d`acheter une chemise, elle en a pris trois.

Des scènes similaires ont été répertoriées dans les 180 succursales C & A en Allemagne. La chaîne de magasins avait baptisé sa campagne publicitaire: «L`euro-service». Le tribunal de Düsseldorf, saisi par une association qui se bat contre la concurrence déloyale, ne s`est pas, quant à lui, laissé griser par l`euro. Jeudi, il a interdit la poursuite de l`opération marketing, estimant que C & A profitait de l`euro pour faire des promotions avant l`ouverture des soldes. «C`était une façon de faciliter le passage à l`euro, explique-t-on chez C & A. Payer en carte évite les longues queues.» Alors qu`habituellement seulement 30 % des clients allemands payent leurs achats avec une carte bancaire, C & A a enregistré le premier jour 50 % d`achats par carte. En janvier, le secteur du textile connaît traditionnellement une période de creux, la chaîne a tenté d`en profiter.

Les discounters non plus n`ont pas attendu une semaine pour mettre leurs neurones en activité. «Chez Aldi, c`est la plus grosse baisse des prix de tous les temps!» Dès le mercredi 2 janvier, les publicités de la chaîne de magasins de discount Aldi (l`une des plus riches familles d`Allemagne) s`étalaient partout. «Nos produits en euros sont tous 2 à 3 % moins chers qu`en deutschemarks», se vante-t-on chez Aldi.

Dans son sillage, d`autres discounters se sont mis de la partie: Plus, Lidl, Metro, etc. «C`est bon pour faire accepter l`euro», estime la Fédération des commerçants. «Ce n`est qu`un effet d`annonce, considère cependant un spécialiste de la vente au détail. D`abord, les magasins n`avaient pas le choix, parce que c`est plus facile de vendre un produit à 0,99 euro qu`à 1,02 euro. Ils étaient obligés d`arrondir. Et puis Aldi a largement récupéré les quelques pour-cent qu`il offre aujourd`hui généreusement à ses clients, puisque, juste avant l`introduction de l`euro, le discounter avait augmenté des prix de 30 %.» Les associations de consommateurs avaient déjà dénoncé les variations de prix les mois précédents l`introduction de l`euro. Elles comptent bien surveiller tous ces tripatouillages de prix de près.

 

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