Gangrené par le dopage, le Giro continue sa route
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fonte:
- Le Monde
Gangrené par le dopage, le Giro continue sa route
Cyclisme Jens Heppner (Telekom) nouveau maillot rose de l`épreuve italienne
Milan correspondance
“Doping“. Les Italiens utilisent le terme anglo-saxon pour définir le fléau qui s`abat sur leur cyclisme.
Par aversion ou superstition, ils n`ont jamais pris la peine de le traduire dans leur langue.
“Doping“. Depuis plusieurs jours ce mot court le Giro, se glisse dans les véhicules de la caravane, atterrit dans les halls d`hôtel et assombrit les visages. Après une semaine de course seulement, le 85e Tour d`Italie, pourtant annoncé comme celui de la renaissance, après des éditions 1999 et 2001 plutôt mouvementées – coureurs dopés mis hors course et descentes de police – a déjà été frappé par le dopage. En 24 heures, du vendredi 17 au samedi 18 mai, le Giro a été le théâtre d`une arrestation et de la mise au jour de trois cas de “non-négativité“. La course semble en grand danger.
Le tourment a débuté le lundi 13 mai avec l`arrestation, sur les rives du lac de Garde, d`Antonio Varriale, un Napolitain de 28 ans, membre de la formation Panaria actuellement engagée sur le Tour d`Italie. Filmé à son insu par les carabiniers de Brescia depuis plusieurs semaines, Antonio Varriale a été pris en flagrant délit alors qu`il “se fournissait“ au domicile d`une amie, une serveuse de restaurant, qui conservait selon les propos mêmes des enquêteurs “des quantités industrielles“ de produits interdits (Nesp 100, anabolisants, hormone de croissance, Igf1) dans son garage.
La nouvelle loi italienne sur le dopage prévoit désormais une procédure pénale pour le trafic et le recel de produits dopants mais également dans le cas de leur utilisation. Durant la garde à vue, Antonio Varriale, bien décidé “à ne pas être le seul à payer“, a d`abord reconnu se doper “parce que le rendement augmente de 50 %“avant de briser l`omerta du peloton en indiquant les noms des hommes impliqués dans cet effroyable trafic artisanal qui recyclait des substances volées dans les hôpitaux par un ex-policier.
Forte de ces révélations, la Brigade des stupéfiants italienne a aussitôt arrêté Nicola Chesini (Panaria), lanterne rouge du Giro, dans sa chambre d`hôtel au terme de l`étape de Limone-Piemonte, samedi. Un mandat d`arrêt a également été émis pour son ancien équipier Domenico Romano, introuvable depuis le transfert de Strasbourg à Cuneo, jeudi. Les carabiniers suspectent ces cyclistes d`approvisionner des coureurs importants qui ne veulent pas s`exposer directement.
A l`intervention de la magistrature, qui apprécie manifestement la vitrine médiatique du Giro pour ses opérations, s`ajoute l`incompréhensible attitude des coureurs, qui semblent vouloir ignorer les conséquences d`un cas de dopage sur leur carrière. Parmi les trois “non-négatifs“ figure Stefano Garzelli (Mapei), maillot rose, samedi matin, lors de la révélation du résultat du contrôle (Le Monde daté dimanche 19-lundi 20 mai) – il l`a perdu dans l`après-midi au profit de l`Allemand Jens Heppner (Telekom), 37 ans.
UN ÉVENTUEL COMPLOT
Le test antidopage effectué au terme de sa victoire lors de l`étape de Liège, le lundi 13 mai, a détecté dans ses urines “de légères traces“de Probénicide, un produit généralement utilisé pour masquer la prise d`anabolisants, rendu célèbre par “l`affaire Pedro Delgado“ lors du Tour de France 1988. Après Marco Pantani, en 1999, et Dario Frigo, en 2001, c`est la troisième fois que le porteur du maillot rose est au centre d`un scandale de dopage.
Lors d`une conférence de presse, Stefano Garzelli a développé l`argumentaire classique : “Je suis innocent et propre.“ Il évoquait un éventuel complot à ses dépens : une personne malveillante lui aurait fait avaler la substance incriminée à son insu. Son équipe Mapei, le plus gros budget du peloton (40 coureurs sous contrat parmi lesquels, notamment, Paolo Bettini, vainqueur de Liège-Bastogne-Liège 2002, Andrea Tafi, vainqueur du Tour des Flandres 2002, le champion d`Italie, Daniele Nardello, et le sprinteur belge Tom Steels, qui ont signé 613 victoires depuis mai 1993), avait fait de la probité de ses athlètes son image de marque, au point d`obtenir la certification Iso 9001 (une norme européenne très exigeante) pour la transparence de sa gestion sportive.
L`équipe Mapei, qui appartient à l`industriel Giorgio Squinzi, avait alors été la seule équipe à approuver ouvertement les contrôles croisés sang-urine voulus par le Comité olympique italien (CONI), et leur mode de fonctionnement très contesté par le reste du peloton. Samedi, Stefano Garzelli, appuyé par ses dirigeants, a décidé de continuer l`épreuve jusqu`à la contre-analyse prévue mardi 21 mai. Les deux autres “non-négatifs“ ont, eux, bénéficié de leur relatif anonymat : le Russe Faat Zakirov (Panaria) a discrètement quitté la course tandis que Roberto Sgambelluri, équipier de Marco Pantani (Mercatone Uno) “continue de faire son métier“ en attendant mardi. L`un comme l`autre auraient utilisé le Nesp, un produit proche de l`érythropoïétine (EPO).
Le Codacons, une association italienne de consommateurs, a demandé l`arrêt de l`épreuve parce que “les coureurs ne sont plus de bons exemples pour le jeune public“. “Nous rallierons Milan coûte que coûte, même avec dix cyclistes“, a répondu irrité l`organisateur, Carmine Castellano. Francesco Moser, vainqueur du Giro en 1984, aujourd`hui président du Syndicat mondial des coureurs, prône “la radiation pour les récidivistes“. Pendant ce temps, les spectateurs italiens sont toujours nombreux sur le bord des routes à applaudir le peloton.
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