Le gouvernement Prodi recule devant les chauffeurs de taxi
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- Le Monde
Le gouvernement Prodi recule devant les chauffeurs de taxi
CORRESPONDANT es chauffeurs de taxi italiens feront-ils des émules ? C`est la crainte d`une partie du gouvernement de Romano Prodi après l`accord signé, lundi 17 juillet à Rome, entre le ministre du développement économique, Pierluigi Bersani, et les syndicats de taxis à propos du décret-loi, annoncé fin juin, sur l`ouverture à la concurrence de nombreux secteurs de services. Après deux semaines de grèves sauvages et de mouvements parfois violents, les professionnels ont obtenu un recul gouvernemental sur le texte initial qui prévoyait une libéralisation du nombre de licences afin d`accroître la concurrence et de faire baisser les tarifs des courses, parmi les plus élevés d`Europe. Les syndicats des chauffeurs de taxi ont bruyamment crié victoire après avoir obtenu que les augmentations du nombre de licences se fassent au compte-gouttes, de manière ponctuelle, à l`initiative des seules communes et en concertation avec la profession. Ce compromis, qualifié de “bon match nul“ par le ministre Bersani, a créé un sentiment de malaise à gauche et au sein du gouvernement. Le vice-président du conseil, Francesco Rutelli (Marguerite, gauche modérée) aurait préféré “une plus ample libéralisation“ ; il espère “des choix courageux si l`accord ne fonctionne pas“. Le chef du gouvernement, Romano Prodi, qui était partisan de ne pas reculer, a convoqué M. Bersani pour lui demander des explications. OFFENSIVE DES CORPORATIONS Les associations de consommateurs sont furieuses. “Cette attention excessive aux exigences d`un lobby nous laisse amers et abasourdis“, a déclaré le vice-président de la Codacons, principale organisation de consommateurs. Le décret Bersani avait été largement approuvé par l`opinion publique, qui s`attend désormais à une offensive des corporations pour battre en brèche une vraie libéralisation des services. Déjà, les avocats sont en grève depuis le 12 juillet (et jusqu`au 22 juillet) pour protester contre la suppression des tarifs minimum obligatoires. Les pharmacies privées ont baissé leurs rideaux, mercredi 19 juillet. Elles dénoncent l`autorisation donnée aux grandes surfaces de commercialiser les médicaments vendus sans ordonnance. De nombreuses professions sont concernées : les banques, qui ne pourront plus facturer les clôtures de comptes ; les assureurs, dont les courtiers pourront devenir multicartes ; les notaires, etc. Et les lobbies s`organisent. “Ce n`est pas la Berezina, ceux qui le disent ne comprennent rien, a déclaré M. Bersani à La Repubblica. Notre but était d`élargir le service pour le bien des consommateurs, c`est fait.“ Le ministre envisage d`étendre la vague de libéralisations au marché de l`énergie. Il vise les positions dominantes des anciens monopoles d`Etat, Enel (électricité) et Eni (pétrole). Le prix de l`électricité est l`un des plus élevés de l`Union européenne, et celui de l`essence dépasse de 14 % la moyenne européenne. “Nous aurons bientôt des discussions avec les pétroliers, et pourquoi pas les pompistes“, a promis M. Bersani, en annonçant la création d`un Observatoire des prix de l`énergie. Jean-Jacques Bozonnet Article paru dans l`édition du 21.07.06.
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